Un festival de cirque annulé - 2013

Chine: un festival de cirque annulé pour cause de mauvais traitements aux animaux

( Traduction de Catherine Vincent - Le Monde )





On ne peut pas perdre à tous les coups. Même en Chine, où le sort réservé aux bêtes n'émeut pourtant pas les foules. Les défenseurs de la cause animale viennent d'y remporter une belle victoire, presque inespérée: l’annulation d’un festival de cirque, qui devait se tenir durant près de trois semaines à Jinan, la capitale de la province du Shandong, à l’est du pays.

 

Ours couchés sur le dos entourés de barres en flammes, tigres montés sur des chevaux,  singe chevauchant un bouc : les affiches promotionnelles de cet événement avaient suffi à convaincre  les militants que la peur et le stress infligés aux animaux étaient indissociables de ces tours de cirque. Leur appel au boycott a été entendu par de nombreux citoyens: comme il leur était suggéré, ceux-ci ont téléphoné pour protester auprès du ministère du logement et du développement urbain et rural, en charge de la gestion des zoos et de leurs occupants. A comportement singulier, réponse inhabituelle: le ministère a fini par demander l’annulation du festival. Contacté  par la presse,  ses représentants, tout comme les organisateurs  de la fête ratée, se refusaient mercredi 9 octobre à tout commentaire.

 

Depuis 2010,  rappelait ce même jour le South China Morning Post, la République populaire de Chine interdit  les spectacles impliquant "de la cruauté" vis-à-vis des animaux. En juin 2013, le ministère du logement est même allé plus loin, déclarant les spectacles d'animaux "strictement interdits". Un cautère sur une jambe de bois?

 

Selon la Fondation Animals Asia ,  basée à Hong-Kong, ces spectacles ne se comptent pas moins par centaines chaque année, et restent  très populaires. Mais tout de même: lentement, une prise de conscience semble émerger. Qu’il s’agisse d’étudiants ou de personnes âgées s'occupant de chiens et chats errants, les associations de protection animale notent un effort croissant de la population en faveur des droits des animaux.

 

Signe de ce frémissement: au printemps dernier, juste après les congés du 1er mai durant lesquels de nombreux Chinois visitent les réserves animalières, deux zoos ont été mis sur la sellette pour avoir maltraité des tigres. Dans le premier, une réserve de Changchun (nord-est du pays) spécialisée dans le tigre de Sibérie, des visiteurs ont publié des clichés montrant un bébé tigre attaché sur une table : rassurés par la présence d’un homme tenant un fouet, des touristes s’asseyaient sur lui sans vergogne, le temps de dire "Ouistiti" à l'appareil photo. Dans le second, un zoo de la ville de Wenling (province du Zhejiang, dans l'est de la Chine), les mauvais traitements révélés par une vidéo amateur  sont plus flagrants encore. On y voit deux hommes en costume de dompteur frapper un tigre, l'un des deux le chevauchant de façon brutale.

 

Les internautes chinois ont été nombreux à réagir à cette vidéo.  "Les humains se transforment peu à peu en bêtes ", a commenté l’un d’eux. Dans ce pays où le confort de l’animal ne prime guère, il reste cependant fort à faire avant que les zoos renoncent à tourmenter les bêtes pour le plaisir du public. Dans certains d’entre eux, les visiteurs se voient proposer de donner des animaux vivants en pâture aux grands carnivores. Dans d’autres, on arrache les canines des bébés tigres pour que les enfants puissent les prendre dans leurs bras. Chez nous, bien sûr, on n’est pas si méchants, et il y a longtemps que la règlementation des zoos interdit ce genre de comportement. Mais ne soyons pas trop fiers: nos conditions d'élevage feraient fuir n'importe quelle bête douée de liberté, et il est peu  probable que la cruauté soit totalement exempte des quelque 200 cirques qui sillonnent la France, en transportant avec eux des animaux sauvages et domestiques.